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Réforme
des armées : quand la reconversion d’un site militaire
devient une opportunité de développement territorial
1/ Dans quel contexte intervenez-vous et quelle est votre mission dans le cadre des restructurations de défense ?
J’appartiens
à la délégation aux restructurations (DAR)
du ministère de la Défense et interviens depuis
1999 sur la Basse Normandie dans le cadre des restructurations de
défense, en place auprès du Préfet de
Région et au sein des secrétariats
généraux aux affaires régionales (SGAR). Depuis un
an je travaille également sur la région Haute Normandie.
Le rôle de la délégation est d’accompagner
les restructurations de défense, de faciliter le reclassement
des personnels et surtout la reconversion des sites et la
redynamisation des territoires. Nous intervenons en tant
qu’interface, en tant qu’appui aux Préfets de
régions et de départements, notamment pour le volet
social. Concernant le volet « reconversion de site »,
nous travaillions avec différents services de l’Etat, dont
la MRAI et France Domaine afin de piloter la démarche globale et
mettre en place les modalités pratiques de cession d’un
site. Je représente en quelque sorte le « facilitateur
», le coordinateur qui doit privilégier la
mise en synergie de l’ensemble des services de l’Etat
concernés pour mener à bien ce type
d’opérations.
Concernant la dernière réforme, l’Etat s’est
engagé à mettre en place en étroite collaboration
avec les collectivités des Contrats de Redynamisation des Sites
Défense (CRSD) et les mettre en œuvre dans un délai
de 3 ans après la signature du contrat. Ils sont
attribués aux villes subissant une perte d’emplois directe
supérieure à 200 et positionnées sur des
bassins déjà fragilisés. C’est le cas des
sites de Caen et Vernon (Eure). L’enveloppe globale de
l’Etat pour ces contrats s’élève au niveau
national à 225 millions d’euros pour la période
2009-2015. D’autres actions, les Plans Locaux de Redynamisation
(PLR), sont eux prévus pour les villes subissant des pertes
entre 50 et 200 emplois directs. C’est le cas de Cherbourg, en ce
qui concerne mon territoire d’intervention.
2/
Quels sont les enjeux et les principaux objectifs des reconversions en
cours sur le territoire national et le vôtre en particulier ?
Les
enjeux sont similaires sur l’ensemble du territoire national. Il
s’agit de redonner une activité économique et
sociale sur un territoire sur lequel ferme un site. Pour les sites
militaires, l’expérience montre que le traumatisme est
très fort localement pour le territoire. Les acteurs et
habitants se sentent démunis d’une partie de leur
patrimoine. Les militaires faisaient partie, parfois depuis plusieurs
générations, de leur quotidien, de leur tissu, de leur
histoire. La part émotionnelle est très forte et il faut
gérer cet aspect des choses également, en particulier
lorsque l’annonce a été tardive et que cela
n’était pas pressenti. A Cherbourg, par exemple, la
fermeture il y a quelques années de l’hôpital
militaire, a été très difficile à vivre
pour le territoire, chacun ayant un petit « bout » de son
histoire en lien avec ce site. L’impact économique est
certes présent, mais l’impact affectif est marquant.
3/
Quelles sont les principales contraintes rencontrées pour
élaborer des stratégies de reconversion sur des sites
militaires et de grande ampleur ?
Il
est évident que nous devons gérer ce type
d’opération de façon globale. Il est dans un
premier temps nécessaire que se fasse le travail de deuil sur le
territoire. Nous sommes très à
l’écoute et nous accompagnons ensuite les acteurs pour les
aider dans l’émergence d’un projet. La taille
des emprises concernées implique d’identifier et monter un
projet global. Nous devons travailler en collégialité,
faire preuve d’humilité mais aussi de
détermination. Il faut faire comprendre que l’on peut
redonner un avenir au site et tenir compte de l’aspect social et
humain. L’Etat ne néglige aucun aspect et gère
aussi bien les impacts directs que les fermetures potentielles de
classe, etc…
L’idéal est de parvenir à faire émerger un
projet qui prenne la globalité du site. Nous ne pouvons le
limiter à une petite partie et laisser le reste en friche. Il
est certain que l’ampleur des sites fait que nous sommes
confrontés fatalement à des contraintes de financement et
de calendrier. Nous accompagnons ainsi aussi les acteurs à
identifier le territoire susceptible d’être impacté,
en fonction d’un certain nombre de critères dont le lieu
de résidence des personnels. Les contraintes liées aux
problématiques de pollution sont gérées dès
que possible via un diagnostic préalable du site. Les
différentes briques sont ainsi mises en synergie.
4/ Quelles sont vos relations avec les acteurs du développement économiques sur ces problématiques ?
Les
réticences sont un peu toujours les mêmes au départ
mais globalement les collectivités, les agences de
développement, les chambres consulaires, etc…participent
activement aux opérations. Les relations se sont
améliorées depuis que je travaille sur ces
problématiques. Nous montons des groupes de travail qui
permettent au fur et à mesure de faire émerger des
projets puis de les matérialiser. Au départ, nous
nous retrouvons avec de nombreux projets mais nous sommes là
aussi pour tenir compte des réalités du territoire et
éviter la dispersion. Après une phase de fatalité,
une phase de diversité de projets, nous parvenons à une
phase de recentrage qui regroupe parfois plusieurs idées
initiales. Les acteurs doivent alors s’approprier le sujet qui
sera intégré aux actions inscrites dans le contrat de
site.
5/ Pouvez-vous nous citer un exemple de reconversion que vous pourriez qualifier de « réussie » ?
Il
me semble que la reconversion de l’Hôpital miliaire de
Cherbourg peut être qualifiée de « réussite
». Il a été décidé en 2001 d’y
accueillir une école du cinéma et au final de
dédier le site à l’audiovisuel en y implantant des
activités économiques. Depuis 3 ans, le site est
opérationnel. Il accueille 600 apprentis, une
pépinière, des sociétés de dessin
animé, d’audiovisuel et fonctionne très bien. Il
n’était pas du tout évident de parvenir à
attirer là-bas des entreprises du domaine de l’image.
Aujourd’hui Cherbourg bénéficie justement
d’une autre image, attire des acteurs, des cinéastes
de renom qui font des conférences, etc… Transformer un
hôpital en école a été complexe. La MRAI a,
là aussi, joué son rôle pour que le projet
aboutisse. La synergie pour un projet global a bien
fonctionné a permis de passer à une opportunité de
développement pour le territoire.
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