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interview

Jean-Pierre Quelvennec
Délégué Régional aux restructurations de défense
Haute Normandie et Basse Normandie

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Réforme des armées : quand la reconversion d’un site militaire devient une opportunité de développement territorial

1/ Dans quel contexte intervenez-vous et quelle est votre mission dans le cadre des restructurations de défense ? 

J’appartiens à la  délégation aux restructurations (DAR) du ministère de la Défense  et interviens depuis 1999 sur la Basse Normandie dans le cadre des restructurations de défense, en place auprès du Préfet  de Région et au sein des secrétariats  généraux aux affaires régionales (SGAR). Depuis un an je travaille également sur la région Haute Normandie. Le rôle de la délégation est d’accompagner les restructurations de défense, de faciliter le reclassement des personnels et  surtout la reconversion des sites et la redynamisation des territoires. Nous intervenons en tant qu’interface, en tant qu’appui aux Préfets de régions et de départements, notamment pour le volet social.  Concernant le volet « reconversion de site », nous travaillions avec différents services de l’Etat, dont la MRAI et France Domaine afin de piloter la démarche globale et mettre en place les modalités pratiques de cession d’un site. Je représente en quelque sorte le « facilitateur »,  le coordinateur  qui doit privilégier la mise en synergie de l’ensemble des services de l’Etat concernés  pour mener à bien ce type d’opérations.
Concernant la dernière réforme, l’Etat s’est engagé à mettre en place en étroite collaboration avec les collectivités des Contrats de Redynamisation des Sites Défense (CRSD) et les mettre en œuvre dans un délai de 3 ans après la signature du contrat. Ils sont attribués aux villes subissant une perte d’emplois directe supérieure  à 200 et positionnées sur des bassins déjà fragilisés. C’est le cas des sites de Caen et Vernon (Eure).  L’enveloppe globale de l’Etat pour ces contrats s’élève au niveau national à 225 millions d’euros pour la période 2009-2015. D’autres actions, les Plans Locaux de Redynamisation (PLR), sont eux prévus pour les villes subissant des pertes entre 50 et 200 emplois directs. C’est le cas de Cherbourg, en ce qui concerne mon territoire d’intervention.

2/ Quels sont les enjeux et les principaux objectifs des reconversions en cours sur le territoire national et le vôtre en particulier ?

Les enjeux sont similaires sur l’ensemble du territoire national. Il s’agit  de redonner une activité économique et sociale sur un territoire sur lequel ferme un site. Pour les sites militaires, l’expérience montre que le traumatisme est très fort localement pour le territoire. Les acteurs et habitants se sentent démunis d’une partie de leur patrimoine. Les militaires faisaient partie, parfois depuis plusieurs générations, de leur quotidien, de leur tissu, de leur histoire. La part émotionnelle est très forte et il faut gérer cet aspect des choses également, en particulier lorsque l’annonce a été tardive et que cela n’était pas pressenti. A Cherbourg, par exemple, la fermeture il y a quelques années de l’hôpital militaire, a été très difficile à vivre pour le territoire, chacun ayant un petit « bout » de son histoire en lien avec ce site. L’impact économique est certes présent, mais l’impact affectif est marquant.
 

 3/ Quelles sont les principales contraintes rencontrées pour élaborer des stratégies de reconversion sur des sites militaires et de grande ampleur ?

Il est évident que nous devons gérer  ce type d’opération de façon globale. Il est dans un premier temps nécessaire que se fasse le travail de deuil sur le territoire. Nous  sommes très à l’écoute et nous accompagnons ensuite les acteurs pour les aider dans l’émergence  d’un projet. La taille des emprises concernées implique d’identifier et monter un projet global. Nous devons travailler en collégialité, faire preuve d’humilité mais aussi de détermination. Il faut faire comprendre que l’on peut redonner un avenir au site et tenir compte de l’aspect social et humain. L’Etat ne néglige aucun aspect et gère aussi bien les impacts directs que les fermetures potentielles de classe, etc…
L’idéal est de parvenir à faire émerger un projet qui prenne la globalité du site. Nous ne pouvons le limiter à une petite partie et laisser le reste en friche. Il est certain que l’ampleur des sites fait que nous sommes confrontés fatalement à des contraintes de financement et de calendrier.  Nous accompagnons ainsi aussi les acteurs à identifier le territoire susceptible d’être impacté, en fonction d’un certain nombre de critères dont le lieu de résidence des personnels. Les contraintes liées aux problématiques de pollution sont gérées dès que possible via un diagnostic préalable du site. Les différentes briques sont ainsi mises en synergie.

4/ Quelles sont vos relations avec les acteurs du développement économiques sur ces problématiques ?

 Les réticences sont un peu toujours les mêmes au départ mais globalement les collectivités, les agences de développement, les chambres consulaires, etc…participent activement aux opérations. Les relations se sont améliorées depuis que je travaille sur ces problématiques. Nous montons des groupes de travail qui permettent au fur et à mesure de faire émerger des projets puis de les matérialiser. Au départ,  nous nous retrouvons avec de nombreux projets mais nous sommes là aussi pour tenir compte des réalités du territoire et éviter la dispersion. Après une phase de fatalité, une phase de diversité de projets, nous parvenons à une phase de recentrage qui regroupe parfois plusieurs idées initiales. Les acteurs doivent alors s’approprier le sujet qui sera intégré aux actions inscrites dans le contrat de site.

5/ Pouvez-vous nous citer un exemple de reconversion que vous pourriez qualifier de « réussie » ?

Il me semble que la reconversion de l’Hôpital miliaire de Cherbourg peut être qualifiée de « réussite ». Il a été décidé en 2001 d’y accueillir une école du cinéma et au final de dédier le site à l’audiovisuel en y implantant des activités économiques. Depuis 3 ans, le site est opérationnel. Il accueille 600 apprentis, une pépinière, des sociétés de dessin animé, d’audiovisuel et fonctionne très bien. Il n’était pas du tout évident de parvenir à attirer là-bas des entreprises du domaine de l’image. Aujourd’hui  Cherbourg bénéficie justement d’une autre image, attire des acteurs,  des cinéastes de renom qui font des conférences, etc… Transformer un hôpital en école a été complexe. La MRAI a, là aussi, joué son rôle pour que le projet aboutisse. La synergie pour un  projet global a bien fonctionné a permis de passer à une opportunité de développement pour le territoire.
 

 
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